Information du : 06/05/2019

Formation répertoire : Jerzy Skolimowski

Chaque année Cinéphare propose à ses salles adhérentes une circulation de films de répertoire et dans ce cadre organise une focus sur un cinéaste en quatre films. Pour la saison 2019/2020 ce sera le réalisateur d'origine polonaise Jerzy Skolimowski que nous aurons le plaisir de mettre à l'honneur. Et c'est pour préparer ces projections que nous invitons les animateurs des salles à assister à deux journées complètes de formations sur le cinéaste par le journaliste Mathieu Macheret (Le Monde, France Culture, Les Cahiers du cinéma...).

Après avoir suivi - plus ou moins - des études d'ethnologie, de littérature, d'histoire, d'archéologie, de journalisme, Jerzy Skolimowski débute sa carrière artistique comme poète (trois recueils de ses œuvres seront publiés, le premier en 1958 sous le titre Quelque part près de toi, suivi bientôt de La Hache et le ciel) et écrivain (il est l'auteur de Quelqu'un se noie, une pièce de théâtre expérimentale). Il découvre le cinéma en participant au scénario des Innocents charmeurs à la demande d'Andrzej Wajda, rencontré sur un cours de tennis.

Piqué par le septième art, il entre à l'école de cinéma de Lodz où il écrit avec son jeune camarade Roman Polanski Le Couteau dans l'eau. Il officie également en tant qu'acteur, débutant là encore avec Wajda en 1960 puis renouvelant régulièrement l'expérience en jouant dans ses premiers films et ponctuellement dans ceux de ses amis cinéastes (comme dans Le Faussaire de Volker Schlöndorff ou Les Promesses de l'ombre de David Cronenberg) voir dans quelques blockbusters (The Avengers). Skolimowski est également peintre, activité qui occupe la majorité de son temps dans les années 90 alors qu'il s'est installé en Californie et a quitté le monde du cinéma.

Mais c'est bien sûr son activité de cinéaste qui demeure la plus connue. Il réalise à partir de 1960 une série de courts métrages rapidement remarqués (L'Oeil torve, La Boxe primé au Festival du film sportif de Budapest, La Bourse ou la vie primé à Varsovie) et signe en 1965 son premier long, Signes particuliers : Néant. Il tourne dans la foulée Walkover et La Barrière. Son quatrième long métrage, Haut les mains (1967), est jugé trop ouvertement anti-staliniste et il est censuré par le gouvernement polonais. Skolimowski quitte alors la Pologne et, après un court passage par la Belgique où il réalise Le Départ, s'installe en Angleterre où il signe ses films les plus célèbres : Deep End (1970), Le Cri du sorcier (1978), Travail au noir (1982) et Le Succès à tout prix (1984).

Mais sa carrière post-polonaise - qui le mène jusqu'au aux États-Unis où il réalise Le Bateau Phare en 1985 – est aussi plus erratique et il s'égare régulièrement dans des adaptations littéraires plus impersonnelles comme Roi, Dame, Valet (Nabokov), Les Aventures du Brigadier Gérard
(Conan Doyle) ou Les Eaux printanières (Tourgueniev). L'expérience désastreuse de Ferdydurke en 1991 le pousse à quitter le monde du cinéma pour s'adonner à la peinture. Après dix-sept années de silence, Jerzy Skolimowski fait son grand retour au cinéma avec Quatre nuits avec Anna, film qu'il tourne en Pologne en 2008, soit quarante ans après avoir quitté son pays. Il a tourné depuis Essential Killing (2010) et 11 minutes (2015).

Ce cycle de quatre films que proposera Cinéphare à la rentrée invite à découvrir l'oeuvre du cinéaste à travers ses pérégrinations géographiques : les débuts en Pologne avec Signes particuliers : néant ; le passage en Belgique avec Le Départ qu'il tourne avec Jean-Pierre Léaud ; l'exil britannique avec Travail au noir qui révéla Jeremy Irons et enfin son installation aux Etats-Unis avec Le Bateau phare. L'occasion de découvrir comment malgré des genres et des systèmes de production aussi différents on retrouve intact son style et ses thèmes de prédilection.

Signes particuliers : néant

RYSOPIS - Pologne - 1965 - 1h13
avec Jerzy Skolimowski, Elzbieta Czyzewska, Tadeusz Minc et Andrzej Zarnecki

Jerzy Skolimowski est encore à l'école de cinéma de Lodz lorsqu'il réalise ce premier long métrage. Il tourne en dehors du cursus officiel, en contrebandier, utilisant sans toujours en avoir l'autorisation le matériel et la pellicule de l'université. Il profite également des différents exercices donnés aux apprentis cinéastes pour, au fil des mois, tourner des scènes qui font partie du projet de long qu'il a en tête. Il travaille en équipe très réduite, le plus souvent avec un unique collaborateur, cadrant lui-même les séquences où il n'apparaît pas à l'écran. Lorsqu'il est en train de jouer, il s'arrange pour donner ses directives en se plaçant de dos, profitant par là du manque de moyens qui lui interdit la prise de son directe et l'oblige à tout post-synchroniser. Là encore, c'est Skolimowski qui recueille par lui-même tous les sons nécessaires à la fabrication de la piste son, doublant même plusieurs personnages secondaires. C'est d'ailleurs la façon ingénieuse dont il travaille sur la musicalité des ambiances qui pouvait, entre autres choses, faire deviner qu'il y avait là à l'œuvre un véritable artiste en devenir. Car oui, Signes particuliers : Néant est un film bricolé, bancal, souvent brouillon, mal fagoté mais c'est uassi un film au style déjà bien affirmé et qui pose d'emblée les grandes lignes d'une œuvre qui, au moins jusqu'à Deep End, se concentrera sur ce moment de la vie qu'est le passage de l'adolescence à l'âge adulte.

Le Départ

Belgique - 1967 - 1h33
avec Jean-Pierre Léaud, Catherine-Isabelle Duport, Jacqueline Bir

En 1967 doit sortir sur les écrans Haut les mains, le cinquième long métrage de Jerzy Skolimowski, Seulement le film est jugé anti-communiste et se retrouve censuré par le gouvernement polonais. Suite à cette affaire, Skolimowski décidera de quitter la Pologne pour continuer à exercer son art librement, alors qu'il aurait pu choisir de mettre un peu d'eau dans son vin pour poursuivre sa carrière de cinéaste dans son pays, comme tant de ses camarades se sont résolus à le faire. Cette carrière internationale, qui le conduira à s'installer en Angleterre puis plus tard aux Etats-Unis, a cependant déjà débutée avec son film précédent, Le Départ, comme si Skolimowski anticipait avant même la mise en production de Haut les mains son futur exil. Si par sa forme, il s'agit du film le plus ouvertement « Nouvelle Vague » de Jerzy Skolimowski (la présence de Jean-Pierre Léaud n'a rien d'anodin) et si c'est le premier d'une longue série d'œuvres tournées loin de sa Pologne natale, Le Départ se situe par ses thèmes et sa mise en scène dans la droite lignée des premiers films d'un cinéaste qui s'imposait alors comme l'un des plus doués de sa génération. Le jury du Festival de Berlin qui lui a décerné l'Ours d'Or ne s'y est d'ailleurs pas trompé...

Quatre nuits avec Anna

CZTERY NOCE A ANNA - Pologne - 2008 - 1h27

Dans une petite ville en Pologne, Léon Okrasa est employé dans un hôpital. Il a, dans le passé, été témoin d'un viol brutal. La victime, Anna, est une jeune infirmière qui travaille dans le même hôpital. Léon passe son temps à espionner Anna, à la guetter de jour comme de nuit. Cela devient une véritable obsession...
Un soir, il finit par s'introduire dans l'appartement d'Anna par la fenêtre qu'elle laisse entrouverte. Alors, Léon s'installe sur son lit, l'observe dans son sommeil, s'imprègne de son univers. Où s'arrêtera t-il ?

Travail au noir

MOONLIGHTNING - Angleterre - 1982 - 1h37
avec Jeremy Irons, Eugene Lipinski, Jirí Stanislav, Eugeniusz Haczkiewicz

Alors que ses héros ne cessaient jusqu'alors de rajeunir (Andrzej a la trentaine dans ses deux premiers films, Jean-Pierre Léaud la vingtaine dans Le Départ, le garçon de bain de Deep End à peine quinze ans...), Jerzy Skolimowski entre dans "l'âge adulte" à partir du Cri du sorcier. Après cette fable fantastique réalisée en Angleterre en 1978, il enchaîne avec Travail au noir, une comédie noire qui traite du pouvoir destructeur des tyrannies et de la censure et qui évoque très directement la chape de plomb imposée par le pouvoir polonais à sa population. Skolimowski entreprend en effet ce film alors qu'en Pologne le mouvement Solidarnosc est écrasé par le gouvernement du général Jaruzelski. L'état d'urgence est décrété, des milliers d'arrestations de militants sont ordonnées et les quelques droits et libertés durement conquis par le syndicat se voient bafoués et remis en cause. Skolimowski souffre d'être à Londres - sa ville d'adoption depuis une dizaine d'années – et de ne pouvoir être au côté de ses proches et de ses compatriotes. Il laisse passer quelques semaines, le temps de digérer les événements, et se lance dans l'écriture de cette histoire dont l'anecdote lui vient de son expérience personnelle.

Le Bateau phare

THE LIGHTSHIP - Etats-Unis - 1985 - 1h29
avec Klaus Maria Brandauer, Michal Skolimowski, Robert Duvall, William Forsythe...

The Lightship est le premier film américain de Jerzy Skolimowski et la seule de ses réalisations avec Roi, dame, valet dont il ne signe pas le scénario. Pourtant, c'est un film qui trouve tout naturellement sa place dans la filmographie du cinéaste et qui fait même tout particulièrement écho au Succès à tout prix qu'il vient de tourner. On a même l'impression que les trois derniers films de Skolimowski fonctionnent sur le principe du marabout-bout-de-ficelle : la maison londonienne du cinéaste lie Travail au noir au Succès à tout prix tandis que la question de la filiation et de la relation au père relie ce dernier au Bateau Phare, avec en filigrane dans les trois films ce thème de l'exil qui marque l'œuvre du cinéaste depuis son départ de Pologne au milieu des années soixante...

FORMATION REPERTOIRE
JERZY SKOLIMOWSKI

JEUDI 13
LE DAUPHIN, PLOUGONVELIN

VENDREDI 14 JUIN
LE BRETAGNE, ST RENAN

L'INTERVENANT :
MATHIEU MACHERET

Mathieu Macheret, diplômé de l'ENS Louis-Lumière, est journaliste cinéma au « Monde », conférencier et animateur de ciné-clubs. Il collabore aux revues Trafic et Études, et monte des programmes pour la chaîne de télévision TCM-Cinéma. Il a participé à des ouvrages collectifs sur les cinéastes Otto Preminger, Francis Ford Coppola, Jacques Tourneur, Manoel de Oliveira, Guy Gilles, Samuel Fuller, Jean-Marie Straub et Danièle Huillet. Il est également programmateur aux Entrevues de Belfort, enseigne le cinéma au Centre Sèvres et intervient régulièrement dans l'émission Plan Large d'Antoine Guillot sur France Culture.

LES HORAIRES

  • JEUDI 13 - PLOUGONVELIN
    10h00 : accueil
    10h30 : Signes particuliers : néant
    12h00 : repas
    14h00 : Etude
    15h45 : Le Départ
    17h30 : Etude
    19h00 : repas
    20h30 : Quatre nuits avec Anna

    VENDREDI 14 - ST RENAN
    08h30 : accueil
    9h00 : Travail au noir
    10h45 : Etude
    12h15 : repas
    13h45 : Le Bateau phare
    15h30 : Etude
    17h00 : Fin des journées