Information du : 12/08/2020

Autonomes : rencontres avec François Bégaudeau

Nous aurons le plaisir de recevoir du 12 au 15 octobre puis du 16 au 18 novembre l'écrivain et cinéaste François Bégaudeau qui viendra nous parler de son nouveau film, Autonomes, documentaire dans lequel il parcourt la campagne mayennaise à la rencontre de personnes ayant décidé de s'inventer de nouvelles manière de vivre.

Ici et là, hors des radars de la représentation majoritaire, des gens, parfois seuls, parfois associés, cultivent des modes de vie, de production, de pensée, de croyance, de soin, en rupture au moins relative avec les manières certifiées conformes. Autonomes se tient dans la compagnie de quelques-uns de ceux-là, en Mayenne et alentours.

"Au fil de mes déambulations en Mayenne, j’ai croisé un nombre non négligeable de jeunes adultes - de 20 à 40 ans - qui venaient de s’installer dans le département, ou qui, originaires d’ici, étaient récemment revenus s’y installer, après une décennie ou deux dans une ville plus ou moins proche. Choix de vie qui, d’un cas à l’autre, pouvait être sous-tendu de motivations différentes, mais dont je réalisais qu’il intervenait toujours, comme tant de choix de vie, à la synthèse d’une contrainte et d’un désir.

La contrainte : des conditions économiques qui condamnent à louer des petits espaces confinés à un prix sans proportion, et ce dans des villes où l’offre d’emploi finalement assez faible ne compensait ni la pollution, ni la brutalité générale. Le désir : respirer un air plus sain, trouver un espace adéquat - pour agrandir sa famille, par exemple-, s’épargner le bruit, sortir de la boucle infernale travail-consommation-travail. Je ne parle pas ici exactement des « bourus » prisés par les magazines de société, car ces bourgeois-ruraux, comme il y a des bourgeois-bohême pourraient très bien demeurer en ville. Du moins en auraient-ils les moyens. La campagne est un luxe qu’ils s’offrent. Les gens auxquels je me suis intéressé n’ont pas ce choix. Ils ne peuvent pas vivre en ville. Et dans ce « peuvent » encadré par une négation, il faut entendre à la fois une impossibilité objective (« je ne peux plus me permettre cette vie »), et une impossibilité subjective (« je ne supporte plus cette vie ».) (...)

"(...) Dans cette composante minoritaire mais de plus en plus significative de la population mayennaise, on trouve évidemment une grande variété de profils. Cette variété tient à des dosages divers entre contrainte et désir, ainsi qu’à une dose plus ou moins élevée de volontarisme, de militantisme, dans la démarche. Il y a en effet une différence entre le jeune chômeur qui acquiert pour rien une ruine à retaper en pleine campagne, et une employée de banque, qui, lasse d’un quotidien routinier au service d’une structure qu’elle réprouve, décide de reprendre une maison dans un bourg abandonné de Loire-Atlantique pour le transformer en bar alternatif.

Bien que le premier parcours - appelons-le parcours subi - m’intéresse en bien des points, c’est au second type de parcours - appelons-le parcours choisi, même si le terme est toujours inadéquat pour rendre compte de trajectoires sociales - que je me suis intéressé. Il est suffisamment représenté et multiple pour fournir de la matière à dix films. Il permet de croiser des intermittents du spectacle qui proposent des créations à des collectivités au titre de l’éducation populaire, un couple qui a repris une ferme pour pratiquer une agriculture paysanne, c’est à dire respectueuse du pays -et d’abord de sa terre-, un groupe d’amis des années fac lancé dans une expérience communautaire où tous les biens sont mutualisés. Mais un autre phénomène m’a frappé dès mes premières promenades et conversations dans le département. Celui-ci est beaucoup moins récent que le précédent, beaucoup moins contingent. Il ne date pas d’hier, ni même d’avant-hier. Il remonte à des temps immémoriaux. Je veux, bien sûr, parler de la sorcellerie. Ou plutôt d’un spectre de croyances et de pratiques - de pratiques adossées à ces croyances qui sont peut être aussi des savoirs-, qui irait du sourcier au sorcier, en passant par le guérisseur, le magnétiseur, le conjureur, le désorceleur."

- François Bégaudeau, extrait du dossier de presse

AUTONOMES

Un film de François Bégaudeau
France - 2019 - 112 min
Soutien GNCR, ACOR

L'INVITE :
FRANCOIS BEGAUDEAU

Chanteur et parolier du groupe Zabriskie Point dans les années 90, François Bégaudeau publie son premier roman, Jouer juste, en 2003.Suivront, chez le même éditeur : Dans la diagonale, Entre les murs, Fin de l’histoire, Vers la douceur, La blessure la vraie, Deux singes ou ma vie politique, La politesse, Molécules, En guerre. Il est aussi l’auteur de plusieurs essais, dont le plus récent, Histoire de ta bêtise (Pauvert) fait l’objet d’une adaptation théâtrale.

Son roman Entre les murs est devenu un film de Laurent Cantet en 2008, qui a obtenu la Palme d’or au festival de Cannes. Il en est le co-scénariste et l’interprète principal. Son roman La blessure, la vraie a été librement adapté au cinéma par Abdelatif Kechiche (Mektoub my love, canto uno). Il a coscénarisé les films de Patricia Mazuy (Sport de filles, 2012), Fred Nicolas (Max et Lenny, 2015), Pierre Courrège (Un homme d’Etat, 2017), Eric Capitaine (Rupture pour tous, 2017).

Il est membre du collectif Othon qui écrit et tourne en autonomie des documentaires (Jeunes militants sarkozystes ; On est en démocratie ! ; Le fleuve, la tuffe et l’architecte ; Conte de Cergy), ou des comédies bénévoles (Réunion, Repérage). Il a réalisé en 2016 un documentaire, N’importe qui (Atmosphères Production).

Membre de la rédaction des Cahiers du Cinéma de 2003 et 2007, il a écrit sur le cinéma et la littérature dans le magazine Transfuge pendant quinze ans.Il est aussi l’auteur de diverses pièces : Le problème, Un deux un deux, Le lien, Non-réconciliés, La grande Histoire, La devise, Contagion, Piscines (actuellement en tournée en France). Parmi elles, La Bonne Nouvelle, mise en scène par Benoit Lambert, examinait le sort de libéraux repentis et disposés à prendre la tangente.

LES RENCONTRES :